Guillaume Lavigne
Les épiphanies de Guillaume Lavigne
“Voilà plus de vingt ans ans que Guillaume Lavigne peint et grave. Des formes et des volumes. Des êtres et leurs enveloppes. Des visions denses, très personnelles. À l'huile et à la gouache. À l'eau-forte et à l'aquatinte. Sur le papier et sur la plaque de métal. Au pinceau et à la pointe sèche. Vingt ans que, comme des dons chuchotés, l'artiste nous offre ses épiphanies.
Des vêtements qui flottent dans l'espace comme des souffles. Des vêtements au vivant volume, suspendus dans l'air comme des statues envolées. Vestes et vareuses tout en poches et en modelé, en pâte et en transparence. Uniformes militaires nous parlant de l'une de nos guerres, bleu noir, garance, soutaches et galons. Enveloppes de corps invisibles et obsédants. Fantômes impressionnant notre œil de leur présence. L'artiste aime la sculpture. Sa peinture et sa gravure nous le disent.
Un pichet jaune, massif et monumental, à l'autorité de statue. Un monument en soi, un roc façonné, un phare. C'est à la vue de ce pichet que pour notre part nous avons su que Guillaume Lavigne était un artiste. Toute différente, une enveloppe de papier tremble sur sa toile, chose à l'être fascinant et doux. Cosa mentale autant que chose matérielle et physique. Des choses qui sont des êtres, voilà ce qu'excelle à représenter l'artiste.
Une ronde de fruits interrompue et reprise. Avocats, coings et coloquintes, grenades, kakis peints et gravés, les deux arts figurant pour l'artiste deux voies convergentes, deux façons complémentaires d'interroger le monde. Dans cette convergence de la peinture et de la gravure, le jus flottant de l'aquatinte renvoie à l'acte de peindre quand le trait de l'eau-forte, lui, renvoie au dessin.
Décidément, les voies de l'artiste sont cohérentes.
Le monde de Guillaume Lavigne est d'une simplicité complexe. Si ses formes et ses volumes, ses êtres et ses visions existent avec la simplicité de l'évidence, cette évidence est complexe. Ses fruits détachés sur leur fond monochrome sont autant l'idée d'un fruit, révélation épurée de l'être, que sa matérialité physique, sa chair et son poids, son odeur, son jus, ses pépins.
À Ivry, sur un mur de l'atelier, dans la lumière d'un après-midi de janvier sont réunis les realia du peintre, sept petites toiles qui sont les dernières nées de ses œuvres. Pinceaux dans un pot, brosses et tubes isolés sur un fond troublant.
Peinture dans la peinture, peinture de la peinture. Autoportrait du peintre réfracté en ses outils et en sa création.
Ces toiles intimes, au plus près de lui, de son quotidien et de son métier, de son être et de ses rêves, de ses certitudes et de ses recherches, on les attendait.
Depuis longtemps on attendait de faire leur connaissance. Elles ont la gravité des œuvres essentielles. On y sent l'artiste à l'aise. Son regard posé sur son quotidien atteint à une intensité nouvelle. En fixant les quelques objets comptés qui le relient le mieux au monde, il ne manque pas de se livrer. Ces pinceaux au garde-à-vous, ce tube de peinture écrasé par un pouce qui ne doit pas être loin, ces brosses plus ou moins lourdes et plus ou moins soyeuses magiquement épinglées sur le vide, autant de révélations. De l'intimité que l'artiste entretient avec la création.”
Vincent Simonet
8 février 2022
The Epiphanies of Guillaume Lavigne
“Guillaume Lavigne has been painting and engraving for over twenty years. Forms and volumes. Beings and their shells. Dense, deeply personal visions. In oil and gouache. In etching and aquatint. On paper and on metal plates. With brush and drypoint. For twenty years, like whispered gifts, the artist has been offering us his epiphanies.
Clothes that float in space like breaths. Clothes with a living volume, suspended in the air like statues taken to flight. Jackets and smocks full of pockets and contours, of texture and transparency. Military uniforms telling us of one of our wars, in blue-black, madder red, braids and trimmings. Envelopes of invisible, haunting bodies. Ghosts impressing our eyes with their presence. The artist loves sculpture. His painting and engraving tell us so.
A yellow jug, massive and monumental, with the authority of a statue. A monument in itself, a shaped rock, a lighthouse. It was upon seeing this jug that we, for our part, knew that Guillaume Lavigne was an artist. Quite different, a paper envelope trembles on his canvas, a thing of a fascinating and gentle nature. A mental construct as much as a material and physical thing. Things that are beings—this is what the artist excels at depicting.
A circle of fruit, interrupted and resumed. Avocados, quinces and coloquintes, pomegranates, persimmons—painted and etched—the two arts representing, for the artist, two converging paths, two complementary ways of exploring the world. In this convergence of painting and engraving, the floating juice of the aquatint evokes the act of painting, whilst the line of the etching evokes drawing.
Indeed, the artist’s paths are consistent. Guillaume Lavigne’s world is one of complex simplicity. While his forms and volumes, his beings and his visions exist with the simplicity of the obvious, this obviousness is complex. His fruits set against their monochrome background are as much the idea of a fruit—a refined revelation of being—as they are its physical materiality: its flesh and weight, its scent, its juice, its seeds.
In Ivry, on a wall in the studio, bathed in the light of a January afternoon, the painter’s ‘realia’ are gathered together: seven small canvases that are the latest additions to his body of work. Paintbrushes in a pot, brushes and tubes scattered against a haunting background.
Painting within painting, a painting of painting. A self-portrait of the painter reflected in his tools and his creation. These intimate canvases, so close to him, to his daily life and his craft, to his very being and his dreams, to his certainties and his explorations—we had been waiting for them.
We have long been waiting to get to know them. They possess the gravity of essential works. One senses the artist at ease. His gaze upon his daily life achieves a new intensity. By fixing his gaze on the few, carefully chosen objects that best connect him to the world, he does not fail to reveal himself. Those paintbrushes standing to attention, that tube of paint crushed by a thumb that must be nearby, those brushes of varying weights and textures, magically pinned to the void—all are revelations. Of the intimacy the artist maintains with the creative process.”
Vincent Simonet
8 February 2022